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Alexandre Dumas
LA REINE MARGOT
Tome I
(1845)
Table des matières
I Le latin de M. de Guise
II La chambre de la reine de Navarre
III Un roi poète
IV La soirée du 24 août 1572
V Du Louvre en particulier et de la vertu en général
VI La dette payée
VII La nuit du 24 août 1572
VIII Les massacrés
IX Les massacreurs
X Mort, messe ou Bastille
XI L'aubépine du cimetière des Innocents
XII Les confidences
XIII Comme il y a des clefs qui ouvrent les portes auxquelles
elles ne sont pas destinées
XIV Seconde nuit de noces
XV Ce que femme veut Dieu le veut
XVI Le corps d'un ennemi mort sent toujours bon
XVII Le confrère de maître Ambroise Paré
XVIII Les revenants
XIX Le logis de maître René, le parfumeur de la reine mère
XX Les poules noires
XXI L'appartement de Madame de Sauve
XXII Sire, vous serez roi
XXIII Un nouveau converti
XXIV La rue Tizon et la rue Cloche-Percée
XXV Le manteau cerise
XXVI Margarita
XXVII La main de Dieu
XXVIII La lettre de Rome
XXIX Le départ
XXX Maurevel
XXXI La chasse à courre
I
Le latin de M. de Guise
Le lundi, dix-huitième jour du mois d'août 1572, il y avait grandefête au Louvre.
Les fenêtres de la vieille demeure royale, ordinairement sisombres, étaient ardemment éclairées; les places et les ruesattenantes, habituellement si solitaires, dès que neuf heuressonnaient à Saint-Germain-l'Auxerrois, étaient, quoiqu'il fûtminuit, encombrées de populaire.
Tout ce concours menaçant, pressé, bruyant, ressemblait, dansl'obscurité, à une mer sombre et houleuse dont chaque flot faisaitune vague grondante; cette mer, épandue sur le quai, où elle sedégorgeait par la rue des Fossés-Saint-Germain et par la rue del'Astruce, venait battre de son flux le pied des murs du Louvre etde son reflux la base de l'hôtel de Bourbon qui s'élevait en face.
Il y avait, malgré la fête royale, et même peut-être à cause de lafête royale, quelque chose de menaçant dans ce peuple, car il nese doutait pas que cette solennité, à laquelle il assistait commespectateur, n'était que le prélude d'une autre remise à huitaine,et à laquelle il serait convié et s'ébattrait de tout son coeur.
La cour célébrait les noces de madame Marguerite de Valois, filledu roi Henri II et soeur du roi Charles IX, avec Henri de Bourbon,roi de Navarre. En effet, le matin même, le cardinal de Bourbonavait uni les deux époux avec le cérémonial usité pour les nocesdes filles de France, sur un théâtre dressé à la porte de Notre-Dame.
Ce mariage avait étonné tout le monde et avait fort donné à songerà quelques-uns qui voyaient plus clair que les autres; oncomprenait peu le rapprochement de deux partis aussi haineux quel'étaient à cette heure le parti protestant et le particatholique: on se demandait comment le jeune prince de Condépardonnerait au duc d'Anjou, frère du roi, la mort de son pèreassassiné à Jarnac par Montesquiou. On se demandait comment lejeune duc de Guise pardonnerait à l'amiral de Coligny la mort dusien assassiné à Orléans par Poltrot du Méré. Il y a plus: Jeannede Navarre, la courageuse