
TABLELA PETITE ROQUE L'ÉPAVE L'ERMITE MADEMOISELLE PERLE ROSALIE PRUDENT SUR LES CHATS SAUVÉE MADAME PARISSE JULIE ROMAIN LE PÈRE AMABLE |
Le piéton Médéric Rompel, que les gens du pays appelaient familièrementMéderi, partit à l'heure ordinaire de la maison de poste deRoüy-le-Tors. Ayant traversé la petite ville de son grand pas d'ancientroupier, il coupa d'abord les prairies de Villaumes pour gagner le bordde la Brindille, qui le conduisait, en suivant l'eau, au village deCarvelin, où commençait sa distribution.
Il allait vite, le long de l'étroite rivière qui moussait, grognait,bouillonnait et filait dans son lit d'herbes, sous une voûte de saules.Les grosses pierres, arrêtant le cours, avaient autour d'elles unbourrelet d'eau, une sorte de cravate terminée en nœud d'écume. Parplaces, c'étaient des cascades d'un pied, souvent invisibles, quifaisaient, sous les feuilles, sous les lianes, sous un toit de verdure,un gros bruit colère et doux; puis plus loin, les berges s'élargissant,on rencontrait un petit lac paisible où nageaient des truites parmitoute cette chevelure verte qui ondoie au fond des ruisseaux calmes.
Médéric allait toujours, sans rien voir, et ne songeant qu'à ceci: «Mapremière lettre est pour la maison Poivron, puis j'en ai une pour M.Renardet; faut donc que je traverse la futaie.»
Sa blouse bleue serrée à la taille par une ceinture de cuir noir passaitd'un train rapide et régulier sur la haie verte des saules; et sacanne, un fort bâton de houx, marchait à son côté du même mouvement queses jambes.
Donc, il franchit la Brindille sur un pont fait d'un seul arbre, jetéd'un bord à l'autre, ayant pour unique rampe une corde portée par deuxpiquets enfoncés dans les berges.
La futaie, appartenant à M. Renardet, maire de Carvelin, et le plus grospropriétaire du lieu, était une sorte de bois d'arbres antiques,énormes, droits comme des colonnes, et s'étendant, sur une demi-lieue delongueur, sur la rive gauche du ruisseau qui servait de limite à cetteimmense voûte de feuillage. Le long de l'eau, de grands arbustes avaientpoussé, chauffés par le soleil; mais sous la futaie, on ne trouvait rienque de la mousse, de la mousse épaisse, douce et molle, qui répandaitdans l'air stagnant une odeur légère de moisi et de branches mortes.
Médéric ralentit le pas, ôta son képi noir orné d'un galon rouge ets'essuya le front, car il faisait déjà chaud dans les prairies, bienqu'il ne fût pas encore huit heures du matin.
Il venait de se recouvrir et de reprendre son pas accéléré quand ilaperçut, au pied d'un arbre, un couteau, un petit couteau d'enfant.Comme il le r