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par
1903
SOCIÉTÉ D'ÉDITIONS LITTÉRAIRES ET ARTISTIQUES, Librairie Paul Ollendorff,50, CHAUSSÉE D'ANTIN, PARIS, Tous droits réservés.
A M. OCTAVE GRÉARD, de l'Académie Française, Vice-Recteur Honoraire del'Académie de Paris
George Sand a voulu résumer sa personne littéraire et morale dansl'épigraphe qu'elle inscrivit en tête de l'Histoire de ma Vie: «Charitéenvers les autres, dignité envers soi-même, sincérité devant Dieu.»Fut-elle toujours fidèle, et dans ses livres et dans ses actes, à cettenoble devise? C'est l'étude qu'il sera loisible d'entreprendre, enretraçant les vicissitudes de sa destinée, en analysant son oeuvre, eninstituant une enquête sur les hommes de son temps et les événementsauxquels elle fut mêlée.
A l'image de Jean-Jacques Rousseau, son maître, elle nous a légué unouvrage autobiographique, composé non pas au déclin, mais au milieu mêmed'une existence diverse et contradictoire. La première partie del'Histoire de ma Vie a été rédigée en 1847, alors que George Sand étaitdans tout l'éclat de sa renommée. Elle explique nettement l'objet qu'ellese propose et le plan qu'elle a conçu: «Je ne pense pas qu'il y ait del'orgueil et de l'impertinence à écrire l'histoire de sa propre vie,encore moins à choisir, dans les souvenirs que cette vie a laissés en nous,ceux qui nous paraissent valoir la peine d'être conservés. Pour ma part,je crois accomplir un devoir, assez pénible même, car je ne connais riende plus malaisé que de se définir… Une insurmontable paresse (c'est lamaladie des esprits trop occupés et celle de la jeunesse par conséquent)m'a fait différer jusqu'à ce jour d'accomplir cette tâche; et, coupablepeut-être envers moi-même, j'ai laissé publier sur mon compte un assezgrand nombre de biographies pleines d'erreurs, dans la louange comme dansle blâme.» Ce sont, à dire vrai, ces erreurs de détail que George Sands'est surtout complu à redresser en racontant les années de sa jeunesse,voire même les origines de sa maison, avec une singulière prolixité. Surles quatre gros volumes de l'Histoire de ma Vie, le premier est consacrépresque entièrement à nous décrire «l'Histoire d'une famille de Fontenoy àMarengo.» Elle remonte à Fontenoy pour rappeler que Maurice de Saxe futson bisaïeul. Quelque démocrate qu'elle soit devenue, elle tire vanitéd'être par le sang arrière-petite-fille de l'illustre maréchal, de mêmequ'elle est par l'esprit de la lignée de Jean-Jacques; puis elle formuleainsi son état civil: «Je suis née l'année du couronnement de Napoléon,l'an XII de la République française (1804). Mon nom n'est pas Marie-Aurorede Saxe, marquise de Dudevant, comme plusieurs de mes biographes l'ontdécouvert, mais Amantine-Lucile-Aurore Dupin.»
Aussi bien, en se défendant de la manie aristocratique, n'est-elle pasindifférente et veut-elle nous intéresser à tous les souvenirsgénéalogiques de sa famille. Elle s'étend longuement sur le maréchal deSaxe et sur cette noblesse de race qu'elle ramènera théoriquement à sajuste valeur dans le Piccinino. Sa grand'mère, Aurore Dupin de Francueil,avait vu Jean-Jacques une seule fois, mais en des conditions qu'ellen'eut garde d'oubl