Bibliothèque du Messager Franco-Américain
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ROMAN INÉDIT
PAR
New-York
H. DE MAREIL, Éditeur
51 LIBERTY STREET
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1866
Le voyageur qui, pour ses affaires ou pour son plaisir, venait, vers lafin de l'an de grâce 1628, passer quelques jours dans la capitale duroyaume des Lys, comme on disait poétiquement à cette époque, pouvaitavec certitude s'arrêter, recommandé ou non, à l'hôtellerie de la BarbePeinte, située rue de l'Homme-Armé; il était sûr d'y trouver, chezmaître Soleil, bon visage, bonne table et bon gîte.
Il n'y avait point à s'y tromper d'ailleurs; à part un ignoble cabaretqui faisait le coin de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, et qui,remontant au plus obscur moyen-âge, avait, par son enseigne,représentant un homme armé, donné son nom à cette ruelle, qui ne compteencore aujourd'hui que cinq numéros impairs et quatre numéros pairs,l'hôtellerie dans laquelle nous allons introduire nos lecteurs tenaitune place trop importante, et attirait les chalands par une tropmajestueuse inscription pour qu'un voyageur, quel qu'il fût, eût l'idéed'aller plus loin, une fois qu'il était arrivé en face d'elle.
En effet, outre le carré de fer-blanc, orné de découpures à jour, quigrinçait au moindre vent, au bout d'une tringle terminée par uncroissant doré, carré de fer-blanc qui représentait le Grand-Turc, ornéd'une barbe du ponceau le plus éclatant, ce qui justifiait ce nométrange de l'hôtellerie de la Barbe Peinte, on pouvait, sur la façadede la maison et au-dessus de la porte d'entrée, lire le rébus suivant:

Ce qui signifiait, en adjoignant l'enseigne à l'inscription, et en nefaisant qu'un des deux:
A LA BARBE PEINTE
SOLEIL
LOGE A PIED ET A CHEVAL.
L'enseigne de la Barbe Peinte pouvait rivaliser d'ancienneté aveccelle de l'Homme-Armé, mais nous devons avouer en notre qualité deromancier, qui nous impose, à l'endroit de la vérité, des devoirsauxquels ne s'astreignent pas toujours les historiens, que l'inscriptionétait toute moderne.
Il y avait deux ans à peine que l'ancien aubergiste, avantageusementconnu sous les noms et prénoms de: Claude-Cyprien Mélangeois,—avait,pour la somme de mille pistoles, cédé son établissement à maîtreBlaise-Guillaume Soleil, son nouveau propriétaire; or, ce nouveaupropriétaire, sans respect pour les droits séculaires des hirondelles,qui 2faisaient leurs nids à l'extérieur, et des araignées qui tissaientleurs toiles à l'intérieur, avait, à peine l'acte de vente passé, appeléles peintres et les tapissiers, fait gratter la façade, fait meubler leschambres de son hôtellerie et fait tracer enfin, aux regards éblouis deses voisins, qui se demandaient où maître Soleil pouvait prendre toutl'argent qu'il dépensait, le pompeux rébus que nous avons eu l'honneurd'expliq